ESCAPADE GÉNÉALOGIQUE À SAINT CLOUD EN ALGÉRIE (RODRIGUEZ ET PÉREZ)

ESCAPADE GÉNÉALOGIQUE À SAINT CLOUD EN ALGÉRIE (RODRIGUEZ ET PÉREZ)

ESCAPADE GÉNÉALOGIQUE À SAINT CLOUD EN ALGÉRIE (RODRIGUEZ ET PÉREZ)

 

ESCAPADE GÉNÉALOGIQUE À SAINT CLOUD

RÉGION ORANAISE EN ALGÉRIE

(française de 1830 à 1962)

Dans le cadre de cet article, je vais revenir sur Saint Cloud, en région Oranaise, Algérie Française sur la période historique de 1930 à 1962.

Pour information, je précise que depuis l'indépendance en 1962, l'Algérie a "débaptisé" plusieurs communes dont Saint Cloud qui est désormais la commune de Gdyel, relevant de la Cour d'Oran et pour les registres du tribunal d'Arzew.

Lors d’un précédent article, intitulé «A la recherche du « Brosse » perdu »,  je vous ai raconté comment en recherchant des aïeux paternels espagnols de mes enfants, j’avais été surprise de trouver l’acte de décès d’un « Brosse », époux d’une Marie Gomez, lequel était né à Saint Genis Terrenoire dans la Loire en France, et comment en remontant son ascendance, j’avais eu la preuve que cet homme (oublié de tous dans les divers arbres généalogiques, sans doute du fait de son émigration en Algérie), était le descendant d’un aïeul commun puisque un de ses ancêtres était le frère de mon sosa 512.

Dans le présent article je tiens à revenir sur les ascendances « Rodriguez » et « Pérez », lesdits patronymes étant ceux des arrière grands-parents paternels de mes fils.

Je sais simplement qu’ils ont eu en tout 5 enfants dont François le seul garçon apparemment, grand-père paternel de mes fils et je ne chercherai pas à en savoir plus sur ses sœurs et leur descendance car mon seul objectif est de rechercher les racines de mes fils pour qu’ils sachent d’où ils viennent du côté paternel. Je leur ai souvent maintes et maintes fois répété : « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient ! » et c’est ce que je fais à travers ma quête généalogique.

Au départ je n’avais pas grand-chose car le père de mon ex-mari, avait simplement dit à ses enfants que la famille était issue de Carthagène en Espagne et que son propre père partageait sa vie entre L’Algérie et la France au cours de ses pérégrinations. Mon ex-beau père étant né à Lyon, au hasard d’un voyage de ses parents, j’ai décidé de commencer par là en demandant son acte de naissance puis de mariage pour connaître les noms de ses parents, leurs lieux de naissance et de résidence. Ce sont ces informations inconnues par ailleurs de mon ex-mari qui m’ont permis de pouvoir avancer dans mes recherches grâce au fichier ANOM qui permet de retrouver les états-civils des anciennes colonies françaises entre 1830 et 1904.

Tous les états-civils des familles que je recherche sur Anom, mentionnent des prénoms français et je me suis demandée si dans la réalité, ils utilisaient la forme francisée ou la forme espagnole.

J’ai facilement trouvé Edouard Henri Rodriguez né en 1895 et Emilia Pérez née en 1897, tous les deux à Saint Cloud. Par contre je n’ai pas pu avoir accès à leur acte de mariage qui s’est déroulé en 1919 à Oran, le délai maximal des fichiers Anom étant 1904, au moment où je les ai consultés.

Peu importe !

L’aventure commençait et m’a pris plusieurs jours avant de retrouver leurs parents et bien évidemment des frères ou des sœurs.

Famille Rodriguez

Edouard Henri Rodriguez était le dixième et dernier enfant que j’ai pu trouver de cette fratrie sur Anom.

Ses parents étaient Francisco Rodriguez (appelé François sur l’acte de naissance d’Edouard Henri Rodriguez) et Maria Mercédès Criado. Ils étaient nés tous les deux à Dalias, dans la province d’Alméria en Espagne probablement en 1847 pour François (Francisco) et 1855 pour Maria Mercédès. Lors du décès de François (Francisco) en 1917 à Saint Cloud (Oran), il est indiqué qu'il est âgé de 70 ans et qu'il est le fils de feu Antoine Rodriguez et de défunte Maria Martin (Martinez?).

A la fin de cet article, je partagerai avec vous le poème que j’ai écrit sur eux, en imaginant, ce qu’avait pu être leur vie dans une province famélique, cette misère quotidienne qui les avait poussés à émigrer de l’autre côté de la Méditerranée, en espérant trouver une vie meilleure pour faire vivre leur famille et manger à leur faim.

François a loué ses bras pour travailler en tant que journalier et Maria Mercédès était sans doute « ménagère » avec autant d’enfants à s’occuper.

Sur les dix enfants que j’ai retrouvés, trois sont nés en Espagne à Dalias et les autres en Algérie, à Saint Cloud.

Séraphin Rodriguez serait né en 1876 à Dalias, comme Maria Encarnacion née en 1878, dont j’ai trouvé la date exacte sur son acte de mariage avec Francisco BAEZA en 1899 à Saint Cloud et leur frère Juan Antonio Rodriguez né en 1880 à Dalias Province d’Alméria. Pour lui aussi j’ai la date exacte qui était mentionnée sur son acte de mariage avec Elisa Maria Ségura à Saint cloud en 1904.

Ensuite viennent ceux qui sont nés à Saint Cloud en Algérie. Il y a d’abord Bernard Rodriguez né et décédé en 1884, Antonio José Rodriguez né et décédé en 1885, Dolorès Rodriguez née et décédée en 1886, José Antonio Rodriguez né en 1888 et marié en 1913 avec Maria Conception Restoy, Maria Trinidad Rodriguez née en 1890 et décédée en 1899, Antonio Domingo Rodriguez né en 1892 et marié en 1821 avec Rosalie Guirand, et Edouard Henri Rodriguez né en 1895, marié en 1919 avec Emilia Pérez, les arrière grands-parents de mes fils.

J'ai retrouvé l'acte de décès de Francisco Rodriguez, mort à Saint Cloud en 1917 mais pas celui de Maria Criado et je n’ai pas cherché plus loin pour leurs autres enfants. Je ne sais pas s’ils en ont eu d’autres, notamment en Espagne car ne parlant pas espagnol, je suis bloquée pour faire des recherches dans la province d’Alméria.

Au vu des actes de naissance, j’en ai déduit que Francisco et Maria sont partis d’Espagne entre 1880 et 1884 mais je ne peux pas donner plus de précisions et je pense que Maria Criado est aussi décédée en Algérie à Saint Cloud comme son époux. Le site ANOM permet des recherches nominatives jusqu'en 1904 et ensuite, de 1905 inclus a 1918 inclus, il faut tout remonter les registres un par un. C'est ce que j'ai fait, ce qui m'a permis de retrouver le décès de François Rodriguez en 1917 mais je n'ai rien au nom de Maria Criado. Je suppose qu'elle est soit décédée après 1918, soit dans une autre ville que Saint Cloud, ce que j'ignore.

Famille Pérez

Emilia Pérez née en 1897 était la sixième sur une fratrie de 8 enfants.

Ses parents Juan Francisco Atanacio Pérez et Maria Encarnation Martinez sont nés à Lubrin, province d’Alméria en Espagne, l’époux en 1856 et l’épouse en 1859. J’ai trouvé les dates exactes de leur naissance, sur leur acte de mariage car ils se sont mariés à Saint Cloud en Algérie en 1879. Le mari était journalier comme la plupart des émigrés espagnols venus s’expatrier pour ne plus mourir de faim dans leur pays natal.

Les parents de Juan Francisco Atanacio Pérez, dénommés Juan Pérez et Juana Fernandez avaient dû sans doute émigrer pendant l’enfance de leurs enfants car on retrouve Juan, le père, cultivateur à Saint Cloud.

Les parents de Maria Encarnation Martinez, Juan Martinez et Juana Ramos sont nés à Lubrin, province d’Alméria en Espagne, lui en 1831 et elle en 1836.

Ils ont eu plusieurs enfants dont six que j’ai pu retrouver, tous nés à Lubrin.

Maria Encarnation Martinez est née en 1859, suivie de Rosa Martinez en 1861, puis de Cristobal Martinez en 1862, décédé à Oran (Algérie) en 1941, puis Juan Bautista Martinez en 1867 et enfin Catalina Martinez en 1873 et bien sûr Ana Juana Martinez dont je n’ai pas l’année de naissance.

Comme dit plus haut Maria Encarnation Martinez a épousé Juan Francisco Atanacio Pérez en 1879. Son frère Cristobal Martinez s'est marié deux fois, une première fois à Saint Cloud, en 1885 avec Dolorès Frutozo, décédée en 1892 et la seconde fois avec Josefa Ruperta Garcia en 1902 à Oran, toujours en Algérie. Son autre frère Juan Bautista Martinez, quant à lui, a convolé en premières noces avec Maria Secundina de Jesus Sanchez en 1892 à Saint Cloud, région oranaise. Sa soeur Catalina Martinez, s'est quant à elle unie avec Francisco Javier Gimenez en 1892, à Saint Cloud. Rosa Martinez, une autre soeur a pris pour époux Raimondo Enrique Camatcho en 1881, à Lubrin, province d'Alméria en Espagne et d'après ce que j'ai pu comprendre en lisant certains actes sur Anom, Ana Juana Martinez aurait été l'épouse de Diégo Ramos mais je n'ai rien trouvé pour confirmer officiellement cette union.

Les parents de Juana Ramos sont Cristobal Ramos et Rosa Bergel, sans doute nés dans la province d’Alméria avec de fortes probabilités pour Lubrin, sans doute entre 1800 et 1810 mais ce ne sont que des suppositions, bien entendu.

Maria Encarnation Martinez et Juan Francisco Atanacio Pérez ont eu huit enfants, tous nés à Saint Cloud (Algérie), dont je vais rappeler les noms dans l’ordre de naissance. Il y eut Joseph Pérez né en 1886, puis Maria Michaela Pérez N°1 née en 1888 et décédée en 1889 suivie de Maria Michaela Pérez N°2 née en 1891 et décédée en 1893, Ensuite Carlos Facundo Pérez né en 1893 et marié en 1916 à Oran avec Isabel Rodriguez, puis Emilio Pérez, né et décédé en 1896, suivie de Emilia Pérez née en 1897, mariée en 1919 avec Edouard Henri Rodriguez, enfin les deux derniers Miguel Pérez né et décédé en 1901 et Hélène Pérez née en 1903.

Maria Encarnation Martinez et Juan Francisco Atanacio Pérez sont tous deux décédés à Saint Cloud, région oranaise en 1921.

J’ai du m’arrêter ensuite dans mes recherches car tout me ramène ensuite dans la province d’Alméria en Espagne, entre Dalias et Lubrin voire Ada mais à ce stade, je suis bloquée tant par la frontière de la langue que par celle de l’administration donc peut-être qu’un jour, quelqu’un de la famille, un des descendants pourra continuer l’enquête généalogique commencée en Algérie et profiter de la même occasion pour remonter la piste des Muñoz et des Martinez expatriés de Bienservida, petit village de la province d’Albacete en Espagne, l’autre branche du côté de la grand-mère paternelle de mes enfants, épouse de François Rodriguez cité plus haut dans mon article.

Pour les lecteurs concernés par cette double histoire familiale, les actes de naissance, mariage et décès trouvés sur ANOM ont été rattachés aux personnes corrrespondantes sur mon arbre en ligne sur le site Geneanet. https://www.geneanet.org/

En recherchant par nom, vous tomberez forcément sur mon arbre et par conséquent sur les actes d'états-civils reliés sauf pour les contemporains de moins de 120 ans car j'ai masqué toutes les personnes de moins de 120 ans sur mon arbre, afin de respecter le droit à la vie privée de chacun. La CNIL conseille 100 ans mais lorsqu'on a des centenaires dans sa famille, il est plus prudent, de masquer tout le monde dans un délai de 120 ans.

Bonne lecture ! Bonne recherche ! A bientôt pour d'autres articles généalogiques !

Tous droits réservés sur mon texte et mon histoire personnelle

V.B-Brosse alias Sherry-Yanne 16 décembre 2017

Mis à jour le 21 novembre 2019

Enregistré sous copyright N°00060780 et 00067596 avant diffusion publique

Il est bien évident que vous pouvez vous servir des pistes généalogiques pour vos propres recherches familiales

PHOTOS DE SAINT CLOUD TROUVÉES SUR INTERNET

Saint cloud marche couvert

Saint cloud eglise

Saint cloud oran en algerie 2

St cloud cimetiere

 

L’EXODE DE FRANCISCO ET MARIA

 

Au dix-neuvième siècle, Région d’Almeria

Ce sont les noces de Francisco et de Maria.

Ils sont jeunes, ils sont pauvres mais ils s’aiment.

Dans leurs cœurs purs, c’est l’espoir que l’amour sème.

 

Le sud de l’Espagne est aride et sec,

La faim au ventre, Rien à mettre dans le bec !

Comment vivre ? Comment nourrir sa famille.

Les fruits de la terre inféconde, on grappille !

 

De l’autre côté de la Méditerranée,

L’espérance de ne plus être condamnés,

D’être forçats, galériens de la misère.

L’aventure les attend au-delà des mers.

 

Beaucoup de villageois ont déjà émigré.

Dans la région d’Oran, ils se sont intégrés.

Ce sera dur de quitter Dalia ou Lubrin,

De n’emporter qu’une valise de chagrin.

 

Des cousins ont trouvé du travail vers Saint-Cloud.

Leur avenir au pays ne vaut plus un clou.

Tout laisser pour un territoire inconnu,

Cette Algérie qui leur crie, au loin, « bienvenue ».

 

Ils sont partis, emportant pour tout bagage,

Leur jeunesse, leurs espoirs et leur courage.

Ils ont fait souche dans ce nouvel Eldorado,

Pourtant leur dur labeur n’était pas un cadeau.

 

Ils n’étaient pas des colons mais des ouvriers.

Pour les champs, ils louaient leurs bras de journaliers.

En Oranais, se regroupaient les ibères,

Ayant fui les ravages de la misère.

 

Ça se passait dans un autre temps révolu.

Une page dans l’Histoire qui évolue !

La page de vie de l’errance des « pieds noirs »

Émigrant pour ne plus peindre leurs jours en noir.

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Tous droits réservés Sherry-Yanne ou VBB le 9 janvier 2017

Enregistré sous copyright N°00060180, et 00060780 avant diffusion sur internet

Manuscrit L’HISTOIRE SE RACONTE EN VERS

Titre et texte déposés sous copyright

Photo internet représentant le Port de Garrucha dans la Province d'Alméria où embarquaient la plupart des "migrants" vers l'Algérie

Embarquement des espagnoils pres almeria 1

Pour ceux qui ne connaissent pas le Saint Cloud oranais, je vais faire un petit rappel historique ci-après. Voici ce que j’ai trouvé sur internet : j’ai cité la source Camille BRIERE à la fin de l’article recopié intégralement sans en changer un mot.

« C'est par ordonnance du 4 décembre 1846 que fut créé le Centre de Saint-Cloud. Mais l'origine de cette localité remonte à 1845. A cette époque, un Espagnol, Joseph Campillo Huertas, ayant organisé un service de voitures d'Oran à Mostaganem, avait établi un relais à Saint-Cloud, qui portait alors le nom arabe de Goudiel. Il fit construire sur le bord de la route un baraquement en planches pour servir d'écurie aux chevaux et de gîte à leurs gardiens. Cet abri ne lui parut pas suffisant lorsqu'il eut aperçu pendant plusieurs nuits un lion rôder aux alentours. Il remplaça le baraquement par une construction en maçonnerie, espèce de redoute qu'il flanqua de deux échauguettes pour se défendre à la fois contre les fauves et contre les malfaiteurs. Campillo joignit dès lors à son entreprise de voitures publiques le commerce des comestibles et établit à Goudiel un magasin pour les militaires, allant de Mostaganem à Oran et vice versa, et sur la façade duquel il fit mettre comme enseigne « A la ville de Saint-Cloud ». Cette dénomination que l'ordonnance de 1846 devait consacrer, est due à une circonstance assez singulière. M. Campillo confia le travail de l'enseigne à un peintre de nationalité espagnole, de passage dans la « localité ». Celui-ci avait fait son tour de France et le Saint-Cloud de la capitale l’avait tellement impressionné qu'il demanda et obtint l'autorisation de rappeler en quelques lettres, qui ont eu un effet auquel il ne songeait sans doute pas, un souvenir qui lui était cher. Dans le courant de cette même année 1846, un Français, M. Laville, était également venu à Saint-Cloud dans le but d'y établir une filature de laine. Une chute d'eau lui avait été promise pour mettre en mouvement les machines nécessaires à cette industrie ; mais il ne put réaliser son projet parce qu'il n'y avait en fait de chute d'eau qu'une modeste source. Il obtint cependant une concession et se fixa à Saint-Cloud pour y pratiquer la culture.

Mais ni Campillo, ni Laville n'avaient encore défriché aucun espace de terrain appréciable à l'arrivée du « détachement ». Tout restait à faire comme travaux de colonisation, et l'on peut dire que la création du village de Saint-Cloud date réellement de 1848. Le détachement qui devait peupler le Centre de Saint-Cloud partit de Paris, plus exactement de Bercy, le 8 octobre 1848. On communiqua aux colons qui le constituaient le plan du pays où on les envoyait. C'était superbe. Saint-Cloud y était représenté comme un vrai pays de cocagne. Une grande rivière arrosait la contrée et entretenait la vie de nombreux arbres d'une riche végétation. Des routes larges et commodes mettaient Saint-Cloud en communication avec les centres existants ou à créer. Sans doute les auteurs du plan n'avaient-ils jamais vu Saint-Cloud mais ils sentaient le besoin de stimuler les indécis par des appâts trompeurs. Au cours de leur long parcours fluvial et ferroviaire, les émigrants -cruelle prédestination - reçurent parfois un très mauvais accueil. On les prit pour une troupe d'insurgés, condamnés à la déportation. Ils durent essuyer de la part d'un grand nombre de spectateurs placés sur les ponts au-dessus desquels ils passaient, une pluie d'injures et de pierres. Ils n'échappèrent même pas au coup de pied de l'âne. Les détenus de la Maison Centrale, édifiée sur la rive du fleuve près de Melun, leur envoyèrent un salut fraternel, témoignage délicat de la sympathie qu'ils éprouvaient pour des « copains ». Heureusement, à partir du passage dans les canaux du Loing et de Briare, les riverains firent généralement aux émigrants un accueil enthousiaste qui vint adoucir quelque peu leur amertume du départ. Mais voici le compte rendu de ce départ, paru dans le numéro du 19 octobre 1848 du Moniteur de Paris. Ce matin, à 7 heures, les colons composant le premier convoi que le gouvernement dirige vers l'Algérie étaient réunis à Bercy. Le ministre de la Guerre présidait celle réunion et il a gratifié nos braves émigrants d'un discours et d'un drapeau autour duquel la troupe doit se regrouper pendant le voyage et à son arrivée dans la colonie. Cinq remorqueurs chauffaient, ils étaient attelés à dix bateaux qui contenaient cent soixante individus chacun, soit mille six cents habitants allant en Afrique fonder une nouvelle France. Le capitaine du génie Chapelin fut désigné pour prendre le commandement du convoi puis de la colonie agricole de Saint-Cloud. Six grands bateaux de 30 mètres de long, dits « toues de la Loire », et couverts d'un cabanage en planches sont affectés aux huit cent quarante-trois colons de Saint-Cloud. Quatre de ces bateaux contiennent chacun cent quatre-vingts colons et l'ambulance. Un cinquième en contient quatre-vingts, un sixième est affecté aux bagages. Chacun des colons a pu joindre à ses bagages les outils les plus essentiels et les moins encombrants de sa profession. Durant le voyage, ils étaient formés en groupes de douze individus avec un chef chargé de maintenir l'ordre, de recevoir et de distribuer les vivres aux heures des repas. Un livret a été remis à chacun des colons chefs de famille. Il renferme, outre le décret de l'Assemblée nationale qui a constitué les colonies agricoles, toutes les indications relatives à l'état civil du colon et de sa famille, et aux diverses prestations qu'il recevra (habitation, jardin, terres, effets de couchage, ustensiles de campement, semences, instruments de culture, cheptel, rations de vivres et salaire pour les ouvriers d'art).

Le voyage doit s'effectuer de Paris à Roanne par la Seine, les canaux du Loing et de Briare et le canal latéral à la Loire. De Roanne à Givors le trajet se fera par chemin de fer, de Givors à Arles, par bateaux à vapeur et d'Arles à Marseille par chemin de fer. Le voyage jusqu'à Marseille durera de huit à neuf jours. De Marseille à Oran, la traversée se fait normalement en soixante-quinze heures. Le 26 octobre 1848, on parvint au terme du voyage à Saint-Cloud. Des soldats du 12e régiment d'infanterie légère, en détachement dans le futur village, reçurent les colons l'arme au bras, persuadés eux aussi qu'ils avaient affaire à un troupeau d'insurgés.

Comme il fallait s'y attendre, l'arrivée à Saint-Cloud fut une cruelle déception. On se trouvait dans un pays inculte et inhabité. La rivière, vue de Paris, n'existait que sur le papier. Seul un mince filet d'eau venant de la colline voisine traversait le « village » et allait se perdre dans les lentisques et les palmiers nains qui représentaient les grands arbres annoncés. A l'aspect de ce pays, couvert de broussailles et dépourvu d'habitations, ce furent des plaintes et des récriminations haineuses contre les trompeurs qui avaient préparé ce guet-apens. Et c'était pitié de voir ces combattants pacifiques mesurant de l’œil cet ennemi invisible et qu'on devinait pourtant sous chaque pied de lentisque ou de palmier. La lutte avec la charrue menaçait d'être aussi impitoyable que celle avec le sabre. Quelques-uns désespérèrent en songeant à la somme d'efforts nécessaire pour vaincre cet ennemi et dont ils ne se sentaient pas capables. Jamais, pensaient-ils, des récoltes ne pousseraient dans ce terrain en broussailles, jamais la charrue ne féconderait ce sol aride et n'y développerait de mamelles assez puissantes pour nourrir des habitants. La terre promise était le désert, la solitude et la mort. Le nom même de Saint-Cloud donné à ce pays leur semblait une cruelle dérision, et ne leur rappelait le Saint-Cloud de la capitale que pour les plonger dans une douleur abîmant tout leur être dans le regret et le désespoir. Trois mois avant l'arrivée de la colonie, l'armée avait exécuté les travaux nécessaires à l'établissement d'un village. Les colons furent logés dans des baraquements en planches formant dix corps de bâtiments. La démoralisation ne tarda pas à produire ses funestes effets. Quelques jours à peine écoulés, des demandes de rapatriements furent faites. Le découragement avait surtout gagné les ouvriers d'art. Il y eut en effet deux catégories de Français bénéficiaires des crédits affectés à l'implantation de colonies agricoles : les cultivateurs et les ouvriers d'art. Ces derniers étant les moins favorisés partirent à la première occasion. Ceux qui restèrent reçurent chacun une concession d'un terrain qui n'appartenait à personne, le pays étant pratiquement désert. Chaque concession était de six ares dans le village et un lot de jardin de vingt ares et, en outre, dans le périmètre de la commune, un lot variant de deux à dix hectares selon l'importance de la famille. Après détermination de ces lots, chaque cultivateur reçut un bœuf, un porc, des semences, une charrue et les outils agricoles nécessaires ainsi que les ustensiles de ménage indispensables. Cette distribution était gratuite. Il n'y avait plus qu'à se mettre à l’œuvre. On s'y mit résolument. Les difficultés commencèrent. A celles de mettre en valeur des terres entièrement en friches, vint s'ajouter le changement de climat, avec l'atteinte des fièvres. Les premières récoltes furent décevantes : production insuffisante, mévente des produits. Les colons cherchèrent à vendre le bois des arbustes venant du défrichage. Mais lorsque, après un long trajet sur une piste pleine d'ornières et de rochers, on parvenait à Oran, on y vendait la charretée de bois pour 5 ou 6 francs et parfois même on l'abandonnait faute d'acquéreur et il fallait revenir rompu et le ventre creux. Pour comble de malheur, le choléra vint frapper la population, dès 1849, la plongeant dans la consternation et l'angoisse. L'année 1851 fut terrible : cent quarante-deux décès dont cent au mois d'août et dix-neuf en un seul jour. On en fut réduit à entasser les morts dans une charrette pour les emporter au cimetière. Beaucoup s'enfuirent pour échapper au terrible fléau, seuls les plus courageux, laborieux et patriotes restèrent à Saint-Cloud. Leurs efforts et leur héroïque persévérance ne furent pas déçus par la suite. L'autorité militaire leur construisit trois cents maisons d'un type unique et, peu à peu, avec une meilleure connaissance du pays et du climat, ces premiers Français d'Algérie commencèrent à récolter le fruit de leurs peines et de leurs souffrances. Ils s'habituèrent au pays qui était alors infesté de lions, de panthères, de hyènes et de très nombreux chacals et sangliers, ce qui permit à quelques-uns d'exercer leurs talents de chasseurs. On cultivait surtout des céréales, puis on en vint à l'écorçage du chêne-vert et à la récolte de l'alfa et du palmier nain pour la fabrication du crin végétal et de la vannerie. Le premier essai de viticulture date de 1851. On avait fait venir des plants de France, mais les ceps avaient beaucoup souffert et étaient arrivés presque desséchés. La plantation fut ainsi retardée puis la sécheresse acheva l’œuvre de destruction et l'essai en resta là. En 1862, un nouvel essai fut tenté par trois colons, mais on n'obtint d'abord que du raisin de table. En 1864, après une sélection des meilleures qualités et un travail opiniâtre, on parvint à planter deux hectares. Dès lors, les innovateurs de cette culture distribuèrent gratuitement des boutures à leurs voisins, les encourageant à planter à leur tour. En dépit de difficultés multiples, dont l'inexpérience des cultivateurs, la sécheresse, les sauterelles, etc., en 1868, il y avait dix hectares de vigne. Mais le grand essor ne se produisit réellement qu'à partir de 1872-1873, époque où M Louis Laurent obtint une première récompense à l'exposition de Vienne (Autriche), pour ses vins et ses eaux-de-vie de marc. Tous les colons se mirent dès lors à défricher leurs terres et à planter de la vigne. Mais, par manque de capitaux et d'outillage de vinification, la qualité des produits laissa longtemps à désirer. La confiance et la persévérance opiniâtre des colons furent cependant récompensées par le succès. Un hommage particulier doit être rendu à ces rudes travailleurs qui ont changé ces plaines et ces coteaux arides, ces friches de broussailles inextricables, en luxuriant vignoble. En 1894, Saint-Cloud comptait au total 2.964 hectares de vigne en plein rapport. Que de chemin parcouru en trente ans !...

A la viticulture qui devint prédominante dans le pays, vint s'ajouter la meunerie. Durant les premières années la petite colonie devait faire venir de Mostaganem ou d'Oran la farine nécessaire à sa consommation locale. Puis, en 1852, M. Campillo fit bâtir un moulin à vent qui fonctionna jusqu'en 1883 et que l'on pouvait encore voir sur la propriété Brière vers la fin des années 1920. Par la suite, un sous-officier d'intendance d'Oran, M. Lanoé, eut l'idée d'installer, en 1884, un petit moulin à vapeur. Deux ans plus tard, ne pouvant suffire à la demande, il agrandit son usine et l'équipa de moteurs plus puissants. En 1890, enfin, il dut procéder à de nouveaux aménagements et construisit une belle usine qui fournissait toute la région. En cinquante ans, aidés par l'armée, les colons français auxquels s'étaient joints de nombreux ouvriers agricoles espagnols et arabes transformèrent un désert hostile et insalubre en une jolie commune verdoyante. En 1867 eurent lieu les premières élections et l'installation du premier conseil municipal. En 1874, les musulmans votèrent avec les Français aux nouvelles élections municipales. Dès lors, la commune de Saint-Cloud devenait majeure et commençait le chemin de sa croissance qui devait la conduire à se transformer au cours de notre siècle jusqu'à devenir une charmante petite ville de dix mille habitants. Le lecteur sera peut-être surpris que ce récit laisse si peu de place à la population autochtone. Au début, celle-ci n'était constituée, pour la région de Goudiel, que d'un ou deux douars assez éloignés de l'implantation de la colonie française. Leurs habitants logeaient sous des tentes et vivaient misérablement du produit de leur troupeau et de mauvaises et rares récoltes arrachées à un sol plein de rochers et de cailloux par un travail des plus sommaires et archaïque. Incrédules et méfiants, voire hostiles, ils observaient de loin les travaux refusant toute collaboration. Puis, les résultats s'affirmant, ils se rapprochèrent peu à peu de ces hommes qui savaient transformer le désert en « paradis ». Ils furent bien accueillis et on leur offrit, avec du travail, une nourriture plus abondante et des soins. Leur méfiance s'évanouit et leur incrédulité aussi. Ils vinrent de plus en plus s'embaucher pour les travaux des champs et apprendre comment obliger cette terre sauvage et rebelle à nourrir les hommes. Peu à peu, certains abandonnèrent le douar et la tente pour une maison plus confortable dans le village et ainsi la population de ce dernier prit son aspect humain et social définitif où les deux communautés, sans s'interpénétrer, vivaient en bonne intelligence et se sentaient solidaires dans la tâche à accomplir pour l'amélioration du sort et la prospérité de tous. Un sentiment de reconnaissance et de fidélité envers la France qui leur avait permis ce miracle, s'implanta au cœur de chacun et c'est ainsi que le monument aux morts de ce village devenu une petite ville portait des noms français, espagnols et arabes fraternellement unis dans le même sacrifice pour la mère patrie. Des noms d'Algériens-Français qu'étaient devenus les descendants des pionniers et des autochtones misérables des débuts.

Camille BRIERE.

(D'après une documentation de Marcel Puyjalon, secrétaire général de la mairie de Saint-Cloud.) in l’Algérianiste n° 6 de juin 1979 »

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Commentaires (10)

vicente
  • 1. vicente | 16 déc 2017
Bonjour Madame j'ai bien lu votre récit qui est merveilleux grâce a genealogia j'ai retrouvé mes arrières grands parents natif a Lucainena ( Almeria )mais je cherche sur mon grand père ou j'ai peux de chose sur lui j'ai été a anom et je n'ai pas su m'en servir si vous pouvez m'aider je vous en serait reconnaissant bien amicalement un pied noir d'Oranie ( SAIDA )
sherryyannepoetesse
  • sherryyannepoetesse | 17 déc 2017
Bonjour Merci d'avoir lu mon article! Ce n'est pas simple d'expliquer comment fonctionne Anom comme cela! Il faut se connecter et essayer d'utiliser toutes les possibilités avant de trouver la bonne manière et je crois que plus d'un an après, je ne me souviens même plus comment j'ai fait à l'époque. Je sais juste que c'est grâce à ce site que j'ai pu remonter sur la partie française de l'épopée généalogique des familles faisant l'objet de cet article. Bon dimanche à vous A bientôt !
perez Guy
  • 2. perez Guy | 11 oct 2019
Bonjour,
Ma nièces est allée il y a deux semaines à Oran et a retrouvé la tombe de la famille Perez, concession qu'avait prise Carlos Facundo Perez Mon Père où se trouvent inhumés :
Maria Incarnation Martinez née en 1859 décédée le 9 février 1921 à 61 ans
Et Juan Francisco Perez né en 1856 et décédé le 21.08.1921 à 65 ans.
Cordialement.
Guy Perez
sherryyannepoetesse
  • sherryyannepoetesse | 11 oct 2019
Bonjour Guy Pérez, Vous ne pouvez pas savoir comme votre commentaire m'a fait plaisir. Juan Franciso Atanacio ¨Perez et Maria Encarnation Martinez sont les arrières grands-parents paternels de mon ex-mari et père de mes enfants. Grace à Anom, je lui avais retrouvé certains aïeux oranais mais savoir qu'il existe encore une tombe à Oran va lui faire plaisir et je vous remercie de m'avoir fait part de cette information que je vais m'empresser de lui transmettre. De plus vous allez me permettre de compléter mon arbre car je ne connaissais pas leurs dates de décès, Anom s'arrêtant à 1904. Je vous sen remercie infiniment et je vous souhaite une excellente journée.
Robert MAURAN
  • 3. Robert MAURAN | 22 oct 2019
Bonjour
Pas souvent que l'on rencontre des gens qui s’intéresse à STCloud.
Ma famille paternelle est de St Cloud avec ses origines à San Juan d'Alicante pour mon grand père et Adra (Alméria) pour ma grand mère.
Il a existé un site internet dont j'étais le webmaster mais n'a pas continué d'exister de la part de la présidente de l'association "La Saintcloudienne".
Son secrétaire est resté un ami, François Niéto dont je peux vous donner son mail.
J'ai fais beaucoup de recherche qui maintenant sont bloqué par les archives détruites en Espagne.
Bonne continuation.
PS, il existe un livre sur l'histoire de St Cloud (Planelle) et un site qui en parle beaucoup d'un étudiant dont je n'ai plus l'adresse
Cordialement
Robert
sherryyannepoetesse
  • sherryyannepoetesse | 22 oct 2019
Bonjour, je vous remercie de toutes ces précisions fort intéressantes. Effectivement je suis toujours preneuse de toutes informations concernant tant St Cloud, ou St Eugène en Algérie et pour l'Espagne, les familles citées dans mon article viennent de Dalia, Lubrin et même Adra dans la province d'Almeria. Pour les autres je recherche les ancêtres des familles Munoz et Martinez, natives de Bienservida, Province D'Albacete en Espagne. Ce sont les ancêtres paternels de mes enfants. Bonne journée à vous ! cordialement ! Mon adresse e-mail pour toute prise de contact : Adresse e-mail : ​sherryyanne@gmail.com
perez Michele
  • 4. perez Michele | 04 nov 2019
Bonjour à tous,
Merci pour vos commentaires qui ajoutent une page à notre histoire commune . Ma famille issue de Diego Perez et de Salvador Perez (1) son fils, originaires de Cuevas près d'Alméria y ont vécu aussi. Son fils, un AAGP Salvador (2) est né à Kristel en 1848 et a vécu également à Saint Cloud, où sa mère Anna Maria Garcia est décédée en 1850 suite à l'épidémie de choléra qui a sévi dans la région. Salvador (1) s'est remarié en 1851 avec Maria Burgos. Témoin de mariage : Campillo et Camille Boucher, bien connus par ceux qui connaissent l'histoire de Saint Cloud. Par mes recherches, je peux imaginer leur dure vie de pionnier, mais c'est ce qui rend fort les générations suivantes. Moi aussi je suis maintenant bloquée par les archives détruites en Espagne.J'ai eu l'occasion d' aller à Saint Cloud (Gdyel) en 2009, j'ai été très bien accueillie et les archives sont conservées. Les jardins de Kristel étaient magnifiques. Mes cordiales salutations à tous ceux qui ont un point commun avec Saint Cloud. Michèle Perez
sherryyannepoetesse
  • sherryyannepoetesse | 08 nov 2019
Bonjour à vous! je vous remercie pour votre visite sur mon site, tant pour la lecture de mon article que pour les informations complémentaires que vous apportez dans votre commentaire, lequel pourra sans doute donner d'autres pistes aux descendants Perez au sens large. Bonne journée à vous! Cordialement !
Garcia christiane
  • 5. Garcia christiane | 31 jan 2020
Bjr
J ai eut plaisir a lire votre histoire genealogique qui ressemble beaucoup a la plupart d entre nous.
Bien que ns ayons des noms en commun je n ai pas trouve de denominateurs communs mais qui c est.
J espere un jour pouvoir ecrire aussi une histoire comme la votre ...
Encore bravo
sherryyannepoetesse
  • sherryyannepoetesse | 31 jan 2020
Bonjour, Cette escapade Saint cloudienne a permis a mes enfants et leur père de se situer dans l'histoire familiale oranaise et de ce fait j'ai été fort contente de mes recherches que j'ai faites pour eux. Je vous remercie d'avoir lu mon article. Bonne journée à vous!

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Date de dernière mise à jour : 11 avr 2020